199 398 500 A : la pièce Volkswagen la plus vendue n’est pas un boulon

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En 2024, le groupe Volkswagen a livré environ 9 millions de voitures. Sur la même période, il a écoulé 8,55 millions de saucisses sous sa propre marque. La différence tient à un produit né en 1973 dans l’enceinte de l’usine de Wolfsburg, baptisé avec humour Volkswagen Originalteil et catalogué sous le numéro de pièce 199 398 500 A. Ce numéro n’est pas une blague interne. Il figure dans la base de données du constructeur, juste à côté des amortisseurs et des étriers de frein.

Une pièce détachée qui se mange par millions

Le chiffre frappe d’abord les analystes financiers. 8,55 millions de portions vendues en 2024, contre 5,2 millions de véhicules pour la seule marque Volkswagen. Le groupe complet, qui inclut Audi, Skoda, Seat et Porsche, plafonne à 9 millions d’unités. La saucisse maison dépasse donc largement la production cumulée de Golf, Tiguan et Polo. Le détail : 6,3 millions de currywursts au format classique, 2,18 millions de saucisses au format hot-dog (lancées en 2021), et 42 000 unités pour la version végane. Une trentaine de bouchers salariés du constructeur tournent à environ 18 000 saucisses par jour sur le site historique de Wolfsburg. La viande arrive trois fois par semaine depuis des fermes de Basse-Saxe.

La recette tient à 20 % de matière grasse et un ketchup secret

Ce qui distingue la currywurst VW d’une bockwurst de supermarché tient à sa composition. Le mélange repose sur trois morceaux de porc (joue, poitrine, lard maigre), épicé puis fumé au bois de hêtre. Le taux de matière grasse tourne autour de 20 % , contre 35 % pour une bratwurst allemande standard du commerce. Pas de glutamate ajouté, pas de phosphates non plus. Deux formats coexistent : 12,5 cm pour 85 g (introduit à la demande des salariés qui trouvaient la grande version trop copieuse pour une pause déjeuner) et le format historique de 25 cm pour 170 g. Le condiment qui l’accompagne, le Gewürz Ketchup , est resté chez Kraft jusqu’en 2018 avant d’être confié au groupe Develey. La recette d’épices, elle, reste verrouillée par une poignée de chefs maison.

Quand le ketchup a failli déclencher une grève

La nouvelle formule Develey, moins sucrée et plus riche en tomate, n’a pas fait l’unanimité chez les employés. Trop piquante, moins parfumée au curry. La contestation a remonté jusqu’à des menaces de débrayage. Rebelote en 2021, quand Volkswagen a tenté de basculer la cantine principale du siège vers des alternatives sans viande. L’ancien chancelier Gerhard Schröder , lui-même ex-membre du conseil de surveillance du groupe, s’est emparé du dossier sur les réseaux sociaux avec le hashtag #rettetdiecurrywurst (sauvez la currywurst). La saucisse traditionnelle est revenue au menu en septembre 2023. Pour mémoire, dans les années 1990, la crise de la vache folle avait déjà imposé une refonte plus radicale : abandon du bœuf au profit du tout-porc.

Où la trouver, en partant de la France

La currywurst Volkswagen reste un produit difficile à se procurer hors d’Allemagne. Les points de vente officiels se concentrent dans les supermarchés de Basse-Saxe , au stade du VfL Wolfsburg, dans l’Autostadt et dans les 17 restaurants des usines allemandes du groupe. Depuis 2016, le produit est exporté dans 11 pays , mais la France n’en fait pas partie de façon stable. Trois options réalistes existent :

  • Passer par un revendeur allemand en ligne, avec un panier minimum souvent fixé à 30 ou 40 € pour rentabiliser l’expédition réfrigérée.
  • Profiter d’un détour par Wolfsburg si un séjour en Allemagne est prévu (compter 6,50 à 9 € la portion currywurst-frites en cantine ouverte au public, environ 12 € à l’Autostadt).
  • Reproduire le plat à la maison à partir d’une bockwurst polonaise ou d’une véritable saucisse viennoise d’Alsace (référence Carrefour Reflets de France à 240 g par exemple), en ajoutant à un ketchup classique une cuillère à café de curry doux et une pointe de paprika fumé pour 100 g de sauce. Le profil reste éloigné de l’original, mais nettement plus proche que n’importe quelle saucisse-ketchup industrielle vendue en grande surface.

Trois erreurs à éviter à la cuisson

Beaucoup de néophytes ratent la première dégustation par méconnaissance du produit. Première erreur : conserver le boyau. La currywurst VW est portionnée dans un boyau pelable, qui doit partir avant la cuisson ou juste après. La peau de protéine qui se forme dessous fait office d’enveloppe naturelle et donne la texture caractéristique. Deuxième erreur : trancher trop tôt. Les rondelles de 1 à 1,5 cm se découpent une fois la saucisse chaude, jamais à froid sous peine de la voir s’écraser. Troisième erreur : noyer la saucisse sous le ketchup. Une portion classique compte 4 à 5 cuillères à soupe de Gewürz Ketchup et une pincée de curry doux saupoudrée par-dessus juste avant de servir. Le temps de cuisson recommandé se situe autour de 7 à 8 minutes à la poêle à feu moyen, ou 12 minutes au four à 180 °C pour une cuisson plus régulière. La friteuse, elle, fait éclater le boyau dans 9 cas sur 10.

Ce que cette saucisse dit vraiment de l’industrie allemande

Le succès du produit n’est pas qu’une curiosité statistique. Volkswagen a perdu 30 % de bénéfice net en 2024 et annonce 35 000 suppressions de postes d’ici 2030 face à la concurrence chinoise sur l’électrique. Dans ce contexte, la currywurst joue un rôle social qui dépasse largement son chiffre d’affaires. La Werkskantine (cantine d’entreprise) reste un pilier du modèle industriel allemand, où le constructeur a longtemps géré ses propres fermes pour nourrir ses ouvriers. Toucher au menu revient à toucher à un symbole. Le retour forcé de la saucisse en 2023 illustre la limite d’une transformation purement descendante, même dans une entreprise réputée pour sa rigueur organisationnelle.

Au final, le boucher de Wolfsburg pèse, à sa manière, autant que l’ingénieur en chef. Et tant que la pièce 199 398 500 A figure au catalogue, Volkswagen conserve un produit dont les marges et la fidélité client n’ont rien à envier à une Golf. La vraie question n’est plus de savoir si le constructeur vendra plus de saucisses que de voitures. C’est de savoir laquelle des deux activités sera la plus rentable en 2030.

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