Sur la dizaine de marques de moto espagnoles qui ont fait rouler les motards depuis 1922, la plupart ont disparu ou changé de mains. Montesa appartient à Honda, GasGas à l’autrichien KTM. Pourtant l’Espagne reste une terre de moto, championne du monde de trial et redoutable en enduro. Reste à savoir lesquelles produisent encore, lesquelles valent leur prix, et laquelle éviter quand le budget entretien est serré.
Bultaco, OSSA, Sanglas : les légendes qui ne produisent plus
Bultaco , née en 1958, a été le plus gros fabricant espagnol pendant plus de 20 ans avant de fermer en 1983. Ses motos de trial et de course restent recherchées, mais une Bultaco de collection réclame de la patience : les pièces spécifiques se raréfient et une restauration complète dépasse souvent la valeur de revente de la machine. OSSA a connu le même sort, avec une tentative de relance dans les années 2010 qui n’a jamais pris.
Sanglas raconte une autre histoire. Active de 1947 à 1982, cette marque de Barcelone visait le marché des grosses monocylindres face à BMW ou Zündapp. Faute de rentabilité, elle a fini absorbée par Yamaha via la société SEMSA en 1981, le Japonais montant progressivement à 100 % du capital. Acheter une Sanglas aujourd’hui, c’est viser le collectionneur averti, pas le rouleur du quotidien. Quant à Derbi , fondée en 1922 et pionnière du cyclomoteur, elle survit sous pavillon Piaggio avec un moteur maison en aluminium, plus moderne mais aussi plus fragile que la fonte d’un Minarelli en cas de surchauffe.
Montesa et GasGas : espagnoles de nom, étrangères de moteur

Montesa , créée en 1944, est l’une des plus vieilles marques encore en activité, mais elle roule sous contrôle japonais depuis longtemps. La Cota 4RT de trial embarque un moteur Honda de 259 ou 298 cm³ à injection et domine le championnat du monde depuis près de vingt ans avec Toni Bou, auteur de 38 titres FIM. Côté tarif, comptez autour de 10 000 à 12 000 € pour une Cota neuve selon la version. C’est cher, mais la réputation d’increvable est méritée : un châssis Montesa bien entretenu encaisse des années de zones sans broncher, là où d’autres trials demandent un suivi bien plus lourd.
GasGas illustre le grand écart entre l’image et la mécanique réelle. Fondée en 1985, spécialiste du trial et de l’enduro, la marque appartient désormais au groupe autrichien KTM et roule sur des bases techniques KTM. Sur les anciens modèles, la fiabilité mérite un vrai avertissement. Les meilleurs moteurs restent les millésimes 2000 et 2001. Sur la génération suivante, les joints spi de fourche tiennent parfois à peine 3 à 4 mois, les roulements de vilebrequin se changent souvent à cause de leur petite taille, et la visserie fatigue vite faute de perçages bien alignés. À l’achat d’une GasGas d’occasion d’avant 2010, prévoyez un budget entretien annuel supérieur à celui d’une Montesa équivalente.

Rieju, la dernière marque de moto vraiment espagnole
C’est le survivant. Fondée en 1934 à Figueres, en Catalogne, Rieju affiche plus de 90 ans d’histoire, ce qui en fait la plus ancienne marque de moto espagnole encore en activité et indépendante. L’usine sort aujourd’hui plus de 12 000 motos par an, dont environ 85 % partent à l’export vers plus de 40 pays. Le tournant date de 2020 : Rieju a racheté la propriété intellectuelle de la plateforme enduro 2-temps de GasGas , quand KTM avait pris le capital sans récupérer ces modèles. Résultat, la MR 300i Pro , prête à courir, passe sous la barre des 10 000 € neuve.

La recette tient sur des bases éprouvées. En 50 cc, la MRT utilise le fameux moteur Minarelli AM6 , dont les pièces se trouvent partout, ce qui évite d’immobiliser la moto six mois pour un simple piston. En enduro, on retrouve des suspensions KYB et un freinage Nissin , du matériel monté d’origine sur des machines bien plus chères. Les défauts existent, mais restent mineurs : un boulon de béquille qui se fait la malle, un joint de sélecteur un peu suintant les premiers mois. Rien qu’un entretien régulier ne règle. Face à une Sherco SM-R , la Rieju est généralement 200 à 400 € moins chère à configuration égale, pour une mécanique strictement identique. La différence se joue sur la finition, un peu en dessous chez Rieju, et sur la revente, meilleure chez Sherco grâce à un réseau français plus dense.
Quelle moto espagnole choisir selon votre usage et votre budget
Pour un jeune permis, le match se joue entre Rieju MRT et Sherco SM-R. Les deux partagent le même AM6, la même vitesse et la même consommation. Prenez la Rieju si le prix d’achat prime, la Sherco si la revente compte, l’écart financier s’équilibrant sur quatre ans de possession. Évitez une Derbi Senda si l’entretien risque d’être négligé : son moteur alu supporte moins bien la surchauffe que la fonte du Minarelli. Ce segment 50 cc s’est d’ailleurs effondré de 28 % en 2025, avec 47 078 immatriculations contre 65 662 en 2024 selon les chiffres AAA Data de janvier 2026, ce qui gonfle l’offre d’occasion et tire les prix vers le bas.
Pour l’enduro, la Rieju MR 300i sous les 10 000 € reste l’alternative européenne la plus crédible face aux autrichiennes hors de prix, avec le couple généreux du 300 2-temps qui tracte proprement à bas régime. Pour le trial , la Montesa Cota demeure la référence, sécurisante et durable, à condition d’accepter son tarif. Et pour ceux qui cherchent une pièce d’exception, Sbay , créée en 2009, propose des café racers à partir de 35 000 € et 115 ch, motorisés par des blocs américains S&S ou Harley. Sur toute occasion, un dernier réflexe fait la différence au moment de négocier : vérifiez le jeu dans les roulements, l’état de la visserie et la présence de factures d’entretien.
Questions fréquentes
GasGas est-elle encore une marque espagnole ? Les motos sont toujours produites en Espagne, dans la région de Gérone, mais la marque appartient au groupe autrichien KTM depuis fin 2019. L’identité reste espagnole, la propriété et les bases techniques sont autrichiennes.
Quelle est la plus ancienne marque de moto espagnole encore en activité ? Rieju , fondée en 1934 à Figueres. Avec plus de 90 ans d’histoire et une production toujours indépendante, elle devance largement Montesa (sous contrôle Honda) et Sherco, créée seulement en 1998.
Peut-on encore acheter une Bultaco neuve ? Non. La production s’est arrêtée en 1983 et les tentatives de relance n’ont donné aucun modèle thermique commercialisé durablement. Le neuf n’existe plus, seul le marché de la collection reste actif.
Conclusion
L’Espagne n’a pas perdu son âme mécanique, elle l’a répartie. Le prestige historique vit chez Montesa et GasGas , désormais adossées à des géants étrangers, tandis que l’indépendance et le meilleur rapport prix-performances se trouvent chez Rieju. Pour rouler malin sans vider son portefeuille, la catalane de Figueres reste le choix le plus cohérent en 2026, à condition de privilégier un exemplaire suivi et documenté.

